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Les épreuves de Raissa

Les épreuves de Raissa in Brampton, ON

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— Oui, murmura le pauvre vieux. — Eh bien ! qui sait si elle ne s’est pas rappelé quelque commission oubliée ? Voilà les fêtes qui approchent, elle est peut-être allée au Gostinoi- Dvor ? Un vieux coucou sonna dix heures. — Le Gostinoï-Dvor est fermé depuis longtemps, répondit le vieillard d’une voix creuse. La mère se tut. Le silence régna un instant dans la petite pièce mal éclairée par deux de ces bougies, moitié suif, moitié stéarine, qui n’éclairent guère et qui fument toujours. — Ma Raïssa ! s’écria tout à coup la mère, qui éclata en sanglots, ma fille que j’ai portée, que j’ai nourrie, que j’ai élevée, mon unique enfant, soignée et choyée comme la prunelle de mes yeux ! Elle est morte ; dis, mon vieux Pierre, il faut qu’elle soit morte pour n’être pas rentrée ? — Si elle ne doit pas rentrer, j’espère bien qu’elle est morte ! murmura le vieillard en redressant la tête. — Oh ! fit madame Porof, tu ne crois pas que notre ange aurait pu… — Non, ma bonne vieille femme, je ne crois pas qu’elle ait suivi un homme, je ne crois pas qu’elle ait déshonoré ses parents ; je crois, comme toi, que si elle n’est pas rentrée, c’est qu’elle est morte. — Ma fille, ma fille chérie ! s’écria la mère en levant au ciel ses bras infirmes, pourquoi ne suis-je pas partie la première ! C’était à elle de me fermer les yeux ! Pierre, allume un cierge devant les images, brûle notre cierge de noces, celui qu’on n’allume que pour conjurer la foudre ou pour sauver les malades en péril de mort ! Notre maison est en péril, mon vieux Pierre, allume le cierge du secours ! Le vieillard passa dans la pièce voisine, dont la porte était ouverte. D’une main tremblante il prit dans l’armoire aux images consacrées le cierge bénit de leurs noces ; il l’alluma devant l’image du Sauveur, fit le signe de la croix, se prosterna par trois fois et revint près de sa femme, qui priait avec ardeur, les mains serrées l’une contre l’autre, les yeux fixés sur l’image qu’elle voyait de son fauteuil.
— Oui, murmura le pauvre vieux. — Eh bien ! qui sait si elle ne s’est pas rappelé quelque commission oubliée ? Voilà les fêtes qui approchent, elle est peut-être allée au Gostinoi- Dvor ? Un vieux coucou sonna dix heures. — Le Gostinoï-Dvor est fermé depuis longtemps, répondit le vieillard d’une voix creuse. La mère se tut. Le silence régna un instant dans la petite pièce mal éclairée par deux de ces bougies, moitié suif, moitié stéarine, qui n’éclairent guère et qui fument toujours. — Ma Raïssa ! s’écria tout à coup la mère, qui éclata en sanglots, ma fille que j’ai portée, que j’ai nourrie, que j’ai élevée, mon unique enfant, soignée et choyée comme la prunelle de mes yeux ! Elle est morte ; dis, mon vieux Pierre, il faut qu’elle soit morte pour n’être pas rentrée ? — Si elle ne doit pas rentrer, j’espère bien qu’elle est morte ! murmura le vieillard en redressant la tête. — Oh ! fit madame Porof, tu ne crois pas que notre ange aurait pu… — Non, ma bonne vieille femme, je ne crois pas qu’elle ait suivi un homme, je ne crois pas qu’elle ait déshonoré ses parents ; je crois, comme toi, que si elle n’est pas rentrée, c’est qu’elle est morte. — Ma fille, ma fille chérie ! s’écria la mère en levant au ciel ses bras infirmes, pourquoi ne suis-je pas partie la première ! C’était à elle de me fermer les yeux ! Pierre, allume un cierge devant les images, brûle notre cierge de noces, celui qu’on n’allume que pour conjurer la foudre ou pour sauver les malades en péril de mort ! Notre maison est en péril, mon vieux Pierre, allume le cierge du secours ! Le vieillard passa dans la pièce voisine, dont la porte était ouverte. D’une main tremblante il prit dans l’armoire aux images consacrées le cierge bénit de leurs noces ; il l’alluma devant l’image du Sauveur, fit le signe de la croix, se prosterna par trois fois et revint près de sa femme, qui priait avec ardeur, les mains serrées l’une contre l’autre, les yeux fixés sur l’image qu’elle voyait de son fauteuil.

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